« Ce qui n’est pas assumé n’est pas guéri »
RL - septembre 26 - Authentique Connexion - Tous droits réservés.
Cette magnifique phrase est attribuée à Grégoire de Nazianze, dans sa Lettre 101 à Cledonius, au IVᵉ siècle. Il y affirme, dans le contexte de sa réflexion sur la nature du Christ : « Ce qui n’est pas assumé n’est pas guéri ». Autrement dit, ce que le Christ n’aurait pas véritablement assumé de la condition humaine ne pourrait pas être véritablement guéri.
Et cette compréhension est essentielle pour notre vie de tous les jours !
J’ai alors pris le temps de méditer quelques instants sur cette phrase et cette vérité si profonde de sens.
Le Christ ne pouvait pas simplement « apparaître » dans l’humanité pour accomplir l’œuvre de la rédemption. Il devait véritablement assumer la condition humaine dans son entier.
Il devait naître comme un enfant, grandir, apprendre, traverser les différentes étapes de l’existence humaine et parvenir à la maturité. Il devait connaître ce que signifie être pleinement humain, jusqu’à devenir un homme adulte, pleinement formé.
Ainsi, lorsqu’il meurt, ce n’est pas une humanité incomplète qu’il porte. Il porte l’humanité dans toute son amplitude : de la naissance à la maturité, de l’enfance à l’âge adulte, avec tout ce que signifie être un être humain dans sa condition terrestre.
C’est précisément là que cette parole prend toute sa profondeur dans notre vie :
ce qui n’est pas assumé ne peut pas être sauvé.
Mais alors une question demeure en moi : pourquoi Jésus est-il mort si jeune ?
Pourquoi à environ trente-trois ans, et non à soixante-dix ans, après avoir parcouru toutes les étapes possibles de la vieillesse ?
La Bible ne nous donne pas explicitement la raison du choix de cet âge. Mais si nous entrons dans une lecture symbolique des nombres bibliques (comme le nombre 12 ou 40 ou 666…), le nombre 33 peut ouvrir une piste particulièrement intéressante. Et ce nombre a titillé ma curiosité.
Dans la Bible, nous rencontrons le mot hébreu gal — גַּל, qui signifie notamment « tas », « monceau » ou « amas de pierres ». A titre d’exemple, dans Genèse 31, Jacob et Laban dressent précisément un monceau (tas) de pierres comme témoin de leur alliance. Le lieu reçoit alors le nom de Galeed — גַּלְעֵד, littéralement « monceau de témoignage ».
Ce tas de pierres devient le témoin visible de l’alliance conclue entre eux.
La pierre devient ainsi le symbole de quelque chose qui demeure, qui témoigne, qui marque une alliance. Et c’est là que la personne du Christ devient absolument centrale quant à nos vies, dans chacune de nos vies. Malgré les situations que je traverse et les défis que je rencontre, Christ est demeure lui le garant de l’alliance.
Alors que je marchais au bord du lac de Rapperswil (lac de Zurich), je suis tombé sur ce tas de pierres (voir photo ci-dessus) qui représentait exactement ce que j’étais en train de méditer et d’écrire. Vous comprendrez donc que je vous partage ce cliché.
Dans cette lecture, le Christ qui meurt à environ trente-trois ans peut être contemplé comme le témoin vivant et définitif de l’alliance entre Dieu et l’humanité.
Il n’est pas mort simplement pour nous montrer comment conclure une alliance avec Dieu.
Il est lui-même devenu cette alliance.
Je comprends alors que cette alliance n’est donc pas fondée sur notre capacité à être suffisamment bons, suffisamment religieux ou suffisamment performants. Elle repose sur ce que Dieu a accompli en Christ.
Et c’est là que les répercussions dans nos vies deviennent gigantesques. Car l’alliance n’est pas conclue avec n’importe qui, elle est conclue avec le Créateur lui-même.
Et puisque, dans la pensée biblique, l’alliance est liée au sang, le sang du Christ devient le signe et le fondement de cette nouvelle alliance. Celui qui se place sous cette alliance reçoit alors les bénéfices de ce qui a déjà été accompli.
La question n’est donc plus simplement : « Pourquoi ne portons-nous pas davantage de fruits ? », mais plutôt : « Avons-nous compris que les fruits de l’alliance ne reposent pas d’abord sur nous, mais sur celui avec qui cette alliance a été conclue ? »
Nous cherchons parfois à produire ce que Dieu nous demande simplement de recevoir. Nous cherchons à fabriquer la vie alors que la vie a déjà été donnée. Nous cherchons à mériter une alliance qui, précisément, ne dépend pas de notre mérite.
L’auteur de la lettre aux Hébreux va jusqu’à dire que nous sommes devenus participants du Christ : « nous sommes devenus participants du Christ, pourvu que nous retenions fermement jusqu’à la fin notre assurance première » (Hébreux 3.14).
Participer au oeuvres de Christ, c’est entrer dans ce qu’il est et dans ce qu’il a accompli.
Alors, chaque jour devient une occasion de nous replacer sous cette réalité. C’est peut-être aussi ce que nous pouvons entendre derrière cette parole de Jésus :
« À chaque jour suffit sa peine. »
Chaque jour, je me rappelle que l’alliance ne dépend pas de moi. Chaque jour, je reviens à la croix. Chaque jour, je me replace sous le résultat de ce que Christ a accompli.
Comme une pierre déposée sur un autel, je choisis de prendre ma place dans cette alliance — non pas pour la rendre parfaite, car elle l’est déjà, mais pour vivre à partir d’elle.
Alors j’ai réalisé que ma vie ne dépend plus de mes performances, de mes réussites ou de mes échecs.
Elle dépend du sacrifice du Christ. Et j’apprends à rappeler à tout mon être : Je suis dans l’alliance. Je suis héritier. Je suis cohéritier avec Christ.
Je ne vis pas pour essayer d’obtenir ce que Christ aurait oublié de me donner. Je vis à partir de ce qu’il a déjà accompli.
C’est chaque jour que je suis libéré. C’est chaque jour que j’apprends à briller.
C’est chaque jour que j’apprends à pardonner, parce que j’ai moi-même été accueilli. Parce que je ne suis pas entré dans une alliance avec un Dieu lointain, mais dans une unité rendue possible par le Christ.
Et plus je découvre la beauté de cette alliance, plus j’ai envie d’en devenir un témoin digne.
Un témoin reconnaissant. Un témoin fier, non pas de lui-même, mais de celui qui l’a accueilli. Un témoin respectueux de cette vocation.
Car finalement, l’alliance ne commence pas avec ce que je fais pour Dieu, elle commence avec ce que Dieu a fait pour moi au travers du Christ.
Et toute ma vie peut désormais devenir la réponse à cette alliance.